Putain

La 131ème proposition du Goût des autres. Comment y résister ?

Cette toile de Joseph Lorusso vous inspire sûrement quelque chose.
Mais que peuvent donc se dire ces trois personnes ?
À quoi donc pensent-elles ?
Bah, d’ici lundi vous aurez bien une idée.
Au moins, ça occupera peut-être les après-midi de canicule…

Putain, tu pourrais quand même faire un effort ! Cesse un peu de bouder ! Allez, relève la tête et regarde-nous dans le miroir, là, en face de toi. Tu as vu la tronche que tu tires ? On dirait une mère maquerelle qui a perdu son cheptel. Putain, tu ne pourrais pas sourire un peu ? Aujourd’hui, c’est la fête, non ? Tu ne trouves pas qu’on a passé une bonne journée à nous promener le long de l’eau, main dans la main ? Bon, d’accord, on aurait pu se tartiner d’un peu de crème solaire, mais c’est bon pour les bourges, ça. Combien de fois faut-il t’expliquer les choses ? J’ai décidé qu’aujourd’hui une nouvelle vie allait commencer pour nous deux. D’abord, tu vas arrêter de tapiner. Et moi, je vais commencer à travailler. Pour de bon. Regarde : j’ai retrouvé une chemise blanche, que je mettrai demain pour aller me présenter à mon nouveau job. Bon, elle n’est plus très blanche, faudra que tu me la lessives ce soir et que tu la repasses. Et puis, arrête de picoler. Avec la gueule que t’as devant ton verre de gros rouge, t’es vraiment pas sexy, tu ferais fuir le client. Regarde : moi, je me suis commandé un Perrier, c’est pas beau ça ? Et regarde dans le miroir, le gros qui qui est assis dans la pièce juste à côté de nous, seul, avec une chemise grisâtre. Il pue la solitude et la tristesse. J’ai pas envie de finir comme lui, t’as compris ? Mais pour ça, faut que t’y mettes du tien.

Arrête. Tous les ans, au quatorze juillet, c’est le même cinéma. Tu bois encore plus que d’habitude et au soir tu as des rêves de rédemption trop grands pour toi. Tu sais très bien que demain tu vas faire la grasse mat et que t’iras pas te présenter pour ton taf. Et que ce sera encore moi qui devrai faire bouillir la marmite. Et puis, te moque pas du gros Louis. Oui, je le connais, c’est un de mes réguliers. Oui, il est triste. Oui, il est seul. Mais au moins, il me fait jouir, lui.

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8 Responses to Putain

  1. heure-bleue dit :

    J’adore mais je croyais que les filles de joie n’avaient pas droit au plaisir.

  2. Pourquoi mon commentaire n’apparaît pas ?

  3. PHILIPPE D dit :

    Bien trouvé ! J’ai apprécié !

  4. Célestine dit :

    Il est tout en poésie et délicatesse, ton héros 😉
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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